Jacques Oudin

souvenir d'un résistant deporté

Jacques résistant

En 1939, l’Allemagne nazie déclare la guerre à la France. La famille Oudin quitte alors Paris pour se loger à Maisse, dans la maison appelée « la Lorraine ». Jacques à 18 ans quand la guerre éclate. Il est en train de préparer son bac. Il pourrait rester lycéen, mais il décide de s’engager volontairement dans l’armée.

Jacques est envoyé dans une caserne d’artillerie à Calluire près de Lyon. Les jeunes recrues du 405 ème régiment de DCA sont très enthousiastes, mais les armes manquent à la France. Les conditions matérielles des casernes sont très insuffisantes... Ces camps sont bombardés les uns après les autres. Le 14 juin 40 le camp de Jacques près de Chartres est évacué, c’est la débâcle. La France est battue, c’est l’exode.

l’Allemagne nazie d’Hitler va dominer la France, avec la collaboration du gouvernement du maréchal Pétain à Vichy. C’est l’occupation: La majeure partie du pays, dont Paris est occupée par les allemands: Maisse se trouve en zone occupée, et pour les Oudin, l’occupation, c’est pendant plus de 2 mois, 30 hommes de la Luftwaffe qui investissent leur maison de Maisse.

Jacques est revenu à Maisse le 14 août 1940. Deux mois avant, le 18 juin 1940, le général de Gaulle avait lancé son fameux appel depuis Londres : « la France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre »  dans lequel il invitait les Français à continuer la lutte à ses côtés, à résister à l’ennemi.

Les Français qui le suivent forment petit à petit ce qu’on appelle la « Résistance ». Pour libérer la France, au risque de leur vie, ils mènent des milliers d’actions spectaculaires ou modestes, célèbres ou tout à fait inconnues. Jacques Oudin sera l’un d’eux.

Mais pour l’instant, en cette rentrée 1940, c’est au lycée Louis le Grand à Paris que Jacques retourne pour suivre la classe du célèbre philosophe et journaliste Armand Cuvillier qui dira de son élève, « il avait un esprit clair, une manière directe d’aborder les questions qui révélait un caractère droit... » . Après avoir obtenu son baccalauréat, il commence des études à la faculté de pharmacie , comme son père. C’est dès cette époque que vont commencer ses activités de résistance.

Avec son ami Jacques Lusseyran , qui est aveugle, il crée le groupe des "Volontaires de la Liberté ». Ils parviennent à rassembler 400 étudiants au sein des facultés et des grandes écoles.  Ils publient un bulletin, appelé « Le Tigre », en l’honneur de Clémenceau. Jacques va contribuer à la diffusion de ce journal clandestin dont les articles d’actualité ou de réflexion incitent les français à décrypter autrement les événements.

Durant l’année 1942, Jacques intensifie ses activités clandestines: utilisant les techniques d’impression issues de ses journaux, il développe une activité de faux papiers pour sauver les aviateurs anglais parachutés et recueillis dans le réseau de Robert AYLE avec lequel Jacques noue une amitié fidèle.

Les activités clandestines prennent une place croissante dans la vie de Jacques. Vers la Fin 42, avec l’accord de son père, il interrompt ses études pour se consacrer totalement à la Résistance. Très actif et très efficace, Jacques est alors contacté par Philippe VIANNEY, qui dirige le célèbre réseau de résistance Défense de la France. Sans verser dans l’action militaire, ce réseau imprime et diffuse le journal du même nom. Tiré à la ronéo à ses débuts, il sera le journal clandestin le plus diffusé au moment de la Libération, avec 450 000 exemplaires et deviendra France Soir.

Dans ce réseau Jacques, alias Jean Jacques Orriguy est chargé d’imprimer les journaux, de les acheminer dans les gares, de les diffuser le plus largement possible. Ce journal fait connaître les actions des résistants, dénoncent les déportations, alarment sur les risques de la collaboration. Prenant tous les risques, le jour du 14 juillet 1943, il distribue lui- même ces journaux dans le métro, sous les yeux de la police qui l’ arrête. Interrogé, il arrive à convaincre les policiers en exaltant leur patriotisme et il est relâché! Le voila épargné de l’emprisonnement pour la 2ème fois.

Pour l’activité de Défense de la France, la librairie de Madame Wagner , rue Bonaparte, est une plaque tournante efficace. Le 20 juillet 1943, informée par un agent double (du nom de Marongin), qui avait infiltré le réseau, la gestapo monte une terrible souricière pour arrêter Jacques et pour décimer le réseau. Cinquante membres de Défense de la France sont arrêtés lors de ce coup de filet. Jacques prévenu, parvient à éviter une arrestation pour la 3ème fois. Bien qu’il ait échappé au piège, les risques grandissent pour lui et sa famille.

A partir de cette période, Jacques va vivre traqué, recherché, poursuivi, menacé et devra aller de cachette en cachette pour échapper à la gestapo, la police d’Hitler tristement connue pour sa cruauté. N’ayant pu se saisir de Jacques à la librairie Wagner, la gestapo décide alors de faire pression sur lui, au moyen de sa famillle : Elle vient arrêter ses parents et sa jeune sœur Christiane alors âgée de 16 ans. Des petites lettres de quelques centimètres carrés, écrites depuis la prison par Germaine à ses enfants existent encore.

Fin octobre 1943, Jacques ne s’est toujours pas manifesté auprès de sa famille; la gestapo lui tend alors un autre piège en relâchant ses parents qui quittent la prison de Fresnes.. Mais Jacques ne reparaît toujours pas parmi les siens, malgré la joie et le soulagement qu’a bien dû lui apporter cette nouvelle.

Car en effet, Jacques était très attaché à sa famille... Dans une lettre retrouvée dans l’une de ses planques Jacques écrivait:

« Ma chère maman, je ne peux pas laisser passer la fête de toutes les mères sans te redire ce soir combien je t’aime. Aujourd’hui, plus qu’un autre jour, je remercie le ciel de m’avoir donné une maman aussi belle et aussi bonne, si compréhensive surtout pour un fils qui grâce à elle participe à une vie dont nous sortirons plus grands et plus heureux ..Ma chère petite maman, plus que n’importe quel jour, j’ai ressenti ce soir combien mon amour pour toi est profond. Ton Jacques»

Mais ses actions de résistance allaient bientôt devoir cesser, brisées par son arrestation...